Flamenco

 

 

L'éclair du Flamenco

 

« J'aime l'Andalousie, ses villes, ses villages, ses ruelles ombragées… j'aime son peuple, son excès, sa générosité, sa gentillesse, sa démesure, sa grâce, son insolence… j'aime son chant, messager d'une plainte ancestrale » (1). Tout est dit. L'auteur a sous-titré son ouvrage : l'éloge de l'éclair. Et c'est bien de cela dont il s'agit : la fulgurance d'un chant unique, inoubliable, venu de très loin. Le flamenco naît du silence des humbles « de leurs désirs, de leurs rêves, de leurs luttes, de cultures qui n'appartiennent pas au grand-livre du savoir ». Zyriab, professeur de musique de l'émir Abd-er-Rahman II, fera des émules, jusqu'au XIe siècle, où le monde chrétien commence une reconquête méthodique. La chute de Grenade, en 1492, marque la fin d'une emprise musulmane de huit siècles sur la culture et l'histoire du pays. Les descendants des acteurs de la brillante civilisation, pourtant convertis au catholicisme, seront ostracisés en moriscos, nouveaux parias du royaume. En 1480, l'Inquisition abat le voile rouge de la persécution sanglante sur les juifs de Séville. Les classes populaire et paysanne sont méprisées. Pour autant, « l'Andalou n'en perd pas son goût profond pour l'art vocal ». Son chant joyeux se transforme en « plainte existentielle ». Et le flamenco ? Installés dans le sud du pays depuis 1425, les Gitans honnis trouvent dans ce chant une musique, un rythme, une chorégraphie qui exaltent leurs états d'âme. Peu à peu, se perd la subtile plainte venue des profondeurs de l'Andalousie mais le feu corporel de ces artistes exceptionnels perpétuera villancicos, seguidillas, sarabandes et romances. Bientôt, les coplas d'Antonio Chacon offriront au flamenco les éblouissements qu'il attendait depuis toujours. Un beau livre de passion.

 

(1) "Histoire du flamenco - Éloge de l'éclair » - Guy Bretéché - Éditions Atlantica - juillet 2008 - 22 €.

 

Danser le Flamenco

 

Christine Diger relate magistralement la vie et l’œuvre d’une légende du flamenco (1). Manolo Marin est né le 22 avril 1936, à Séville, dans le bidonville Cerro del Aguila. Mercedes, femme de José, a mis au monde un petit Manolo. Les voisines accourues déclarent d’une seule voix : « Quel beau gosse, il promet ! On va en faire un danseur comme Oliver de Triana ! ». Cette déclaration populaire proclamée dans un climat d’arrestations et d’exécutions menées par les organisations militaires, phalangistes et carlistes du général Queipo de Llano, sera prophétique. 14000 Sévillans seront massacrés et « la terreur blanche finira par s’imposer ». Le 19 août, le poète Federico Garcia Lorca est assassiné, fusillé par les Phalangistes. Malgré ce contexte social dramatique, le petit Manolo grandit dans Triana, quartier de marins, d’ouvriers des faïenceries, céramistes et forgerons. Son rêve, son obsession, c’est la danse. Pour cela, il faudrait suivre des cours à l’académie Realito… que papa José, avec sa modique solde, ne peut régler. La grand-mère paternelle, épicière, payera les cours de la grande sœur Patrocino. À 7 ans, Manolo sort de sa timidité et, avec elle, il franchit le pont sur le Guadalquivir pour rencontrer le maître de danse. Il est fasciné par son discours qui insiste sur la personnalité et le caractère. Le maître décèle chez lui des aptitudes exceptionnelles. Il connaît déjà tous les pas de la siriguiya. Mercedes se prive de nourriture pour encourager ses enfants. Le quartier est trop pauvre. Mercedes accompagnera Patro à Barcelone. Deux jours de train et toute l’Espagne des défavorisés affluent là-bas. Patro et Manolo se produisent dans les cafés, théâtres, cinémas, restaurants, sous le nom de Los Chavalillos Sevillanos. Leur flamenco est passionné, sans concession. Ils dansent fandango, jota, verdiales, rondeña, alegria. Ils sont demandés en France, Japon, Mexique, Canada, Argentine, Allemagne, Italie. Manolo revient à Séville, en 1974, et fonde son académie. À 80 ans, il danse encore. Un livre éblouissant pour les amoureux de cet art venu du fond des âges.

 

  1. « Tout ce que je veux c’est danser » - Christine Diger - Éditions Atlantica - mars 2017- 19 €.

Le Flamenco

 

Mon ami Andalou me l’a demandé. «Ils chantent, hallucinés par un point brillant qui tremble. Ce sont des gens étranges et simples» (1). Passionné de grande musique et de corridas, l’auteur Mario Bois évoque devant Max Fourny, son premier éditeur, le flamenco et ses mystères : «Rendez-vous compte ! On ne sait pas ce que le mot de flamenco signifie, on ne sait pas grand-chose de ses origines et sa transmission à travers les âges, dans une région restée longtemps illettrée, est tout à fait miraculeuse». À force d’entendre proférer des bêtises par des amis bien intentionnés, l’auteur s’est mis en quête de dessiner un Andalou qui «sait chanter et danser les musiques de sa terre, ce que nous, étrangers, ne saurons jamais faire». Il a couru les tavernes d’Andalousie, pris des notes, accumulé des disques, des livres, s’est enivré de flamencos et le jour de l’écriture d’un ouvrage, s’est noyé dans «un océan obscur, flou, infini, où tout y est mystère». À Séville, toutes les familles savent danser, chanter des centaines de coplas, jouer de la guitare. D’où vient le flamenco ? Manuel de Falla y trouve des éléments de musique orientale, grecque, byzantine, syrienne, judaïque, arabe, et même un zeste de chant grégorien. Il écrit que le «cante jondo» est «un rarissime exemple de chant primitif, le plus vieux de toute l’Europe». Il se diviserait en gitano et en flamenco. Gautier et Dumas, au milieu du XIXe siècle, parlent toujours de «chant des Gitanos». Rafaël Romero, un grand, affirmait chanter du cante gitano, Pepe de la Matrona, lui, énonçait le cante payo qui n’est pas gitan. L’auteur a dénombré pas moins de 56 différents noms de chants. Chanter jondo est difficile et demande une voix profonde, timbre, dimension, souffle, intensité. La gorge et les poumons sont en feu, le cœur, le ventre et le bas-ventre souffrent. Choses graves, noires et anciennes. Du Fandango respectable au Tanguillo plus vulgaire, le cante chico est son pendant, une fragile dentelle. Un livre éblouissant de passion, de couleur, d’une culture millénaire qui se perd. Je recommande.

 

  1. «Le Flamenco dans le texte - grand chant et poésie populaire» - Mario Bois - Éditions Atlantica - avril 2016 - 21,90 €.
Version imprimable Version imprimable | Plan du site
© Claude Larronde