Haut-Aragon

 

 

André Galicia, grand connaisseur et amoureux inassouvi des terres aragonaises, nous livre un ouvrage de tradition orale forte où histoire et légendes se mêlent en récits impressionnistes (1).

 

Depuis vingt ans, sa plume inimitable dessine les contours arides et minéraux du Haut Aragon. Il demeure l’auteur français contemporain qui a su magnifier sa géographie. Dans un avant-propos magnifique d’émotion et de sensibilité, il évoque sa maman née là-bas : "Tu verras, tu verras !". Et il a vu le castillo Mayor, Ainsa, Escuain, Revilla, Tella, la cueva de los Arnales, l’ermitage de Fajanillas. La description de cet univers "aride, tourmenté, ciselé, tailladé, strié de gigantesques gargantas et barrancos au fond desquels un mince filet d’eau distille son absinthe aux marmites de géants". Que faut-il distinguer parmi les récits de ce pays légendaire. Les statuettes empruntées à une chapelle par Fabian, son grand-père maternel, qui les alignait pour détourner les orages de grêle des moissons et qui faillirent à leur mission et terminèrent dans l’âtre familial ou la légende de Missolin né vers 985, à Cadeilhan, en vallée d’Aure, qui s’enrôle sous la bannière de Sanche le Grand pour livrer bataille aux Maures ou les méfaits des "duendes", lutins facétieux qui investirent la "casa Pedro Bernad" à Revilla, ou le village fantôme de Sanpietro. Tous ces lieux disparus, avec chacun leur mystère si attirant, ont pour explorateurs Lucien Briet, le français et André Galicia, l’aragonais. Leurs deux récits mêlés passeront encore longtemps sur la sierra de Guara, s’insinueront dans les défilés du Sobrarbe et, régénérés sous le rocher de san Pablo, embelliront durablement notre imaginaire. Un ouvrage passionnant.

 

(1) "Aragon terre de légendes" - André Galicia - Editions MonHélios - octobre 2007- 20 €.

 

 

Le guide pour l'Aragon

 

Rude et exotique, l’Aragon est une belle région au patrimoine naturel et artistique exceptionnel (1).

 

Pour n’être pas récent, ce guide historique et artistique ravira tous les amoureux de cette région. Il invite à la découverte de 13 itinéraires qui, de Jaca à Alcaniz, de Tarazona à Fraga, de Visaurin à l’Aneto, des monts Universels au Maestrazgo, sillonnent tout l’Aragon. Dans le détail, et chaque fois accompagné d’une carte dessinée par Monique Moralès, on visite Jaca et la route des monastères, le Serrablo et l’art mozarabe, le Sobrarbe, la Ribagorza, la Sierra de Guara et la basse vallée du rio Cinca, la ville de Huesca, la Sotonera : de Huesca aux Mallos de Riglos, le château de Loarre : las Cinco Villas, la ville de Saragosse, de Saragosse à Tarazona, de l’Ebre au Moncayo, de Saragosse à Alcañiz, de Calatayud à Daroca, du Jalon au Jiloca, de Daroca à Teruel par Albarracin. On sent la collaboration de Pierre Tucoo-Chala tant les textes de présentation de ces itinéraires sont fouillés, documentés et d’une grande précision qui permettent au visiteur d’établir son choix. Avec l’aide supplémentaire d’une recherche internet - balbutiant en 1996 - il pourra se fixer un programme minutieux pour la journée. Les pèlerins du chemin de Saint-Jacques ne sont pas oubliés. J’ai retenu particulièrement la qualité du récit historique de l’auteur, sa description détaillée des monuments et cathédrales sur le parcours, le riche contenu artistique de ces temples de la foi, la visite des musées locaux, l’observation aiguë des détails architecturaux des maisons qui jalonnent le trajet et enfin la description des superbes paysages que la nature a planté sur le parcours pour le plus grand plaisir de nos yeux souvent éblouis, il faut le reconnaître. Un guide culturel indispensable.

 

(1) "Aragon le guide» - Pierre-Louis Giannerini-Éditions Atlantica - février 1996-10,67 €.

 

 

Le curieux destin de Thérèse Nars

 

Née le 16 mai 1859, Thérèse Nars aurait eu une existence anonyme si le destin n’en avait décidé autrement affirme le poète et écrivain André Galicia (1).

 

Je me souviens de ses récits, anecdotes et légendes du Sobrarbe, de Lucien Briet dans le Haut-Aragon, et de sa passion pour cette province voisine. Teresa est fille de Francisco Bernad et de Francisca Garcés, à «Casa la Miguela», au village de Revilla (Haut-Aragon). Cette commune est blottie à flanc de falaise «régulièrement brûlée par le soleil ou saccagée par de violents orages de grêle». Orpheline de mère et analphabète, Teresa est envoyée en France, à l’âge de 13 ans. Elle franchit le port de Bielsa, à pieds, accompagnée de son père. Elle entre au service d’une famille d’Ancizan puis, plus tard, gagne Saint-Lary. Malgré un physique ingrat, elle est demandée en mariage par François Nars, blessé de guerre et journalier. Devenue Thérèse Nars par la grâce de l’Etat-civil, son mari intempérant lui mène une vie impossible. Elle le quitte pour le Sénégal en compagnie de quelques Aurois. Là-bas, la terrible fièvre jaune sévit. En 1886, elle sauve un officier venant du Soudan et se dévouera corps et âme pour lutter contre ce fléau endémique. En 1900, «son dévouement se change en héroïsme». Ses remèdes, son réconfort incessant sauveront de nombreuses vies humaines. Admirée et vénérée dans toute l’Afrique, elle est «Mère Thérèse» pour tous. Elle se comporte comme un missionnaire et parcourt à cheval le Sénégal, le Soudan, la Guinée, la Casamance, la Gambie Britannique. En 1926, nouvelle épidémie. Thérèse s’installe à l’hôpital, elle a 67 ans. Elle revient en France, en 1935 et pose pour le sculpteur Miller Ranson qui réalise son buste. Elle retourne au Sénégal où elle tombe malade peu après. On la transporte à hôpital de Dakar. La médecine est impuissante. Sans une plainte, épuisée, elle quitte notre vallée de larmes entourée par ses amis fidèles. Aux obsèques, la foule est immense. Les témoignages affluent, les distinctions pleuvent. Un excellent ouvrage bilingue de découverte.

 

(1) "Le curieux destin de Thérèse Nars" - André Galicia - Éditions de la Ramonda - mai 2012 - 12 €.

 

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© Claude Larronde