L'Espagne

 

 

 

L'Espagne chrétienne, juive, musulmane

 

L'ouvrage rappelle l'enchevêtrement et la confrontation des trois grandes religions issues du Livre : chrétienne, juive et musulmane (1).

 

Après le franchissement du détroit, en 711, par le chef berbère Tariq jusqu'à la prise de Grenade par les souverains catholiques, en 1492, les rois, les rabbins et les émirs appuient leur doctrine sur un même livre. Cette pluralité fait cohabiter les religions "dans un esprit de syncrétisme admettant la division et l'unité". Depuis quelques années, les "comunidades", régions et villes redécouvrent leur patrimoine historique, culturel, archéologique. Autour de l'an 3000 avant J.C, les Ibères, "peuple brun au physique sec" s'installent dans la péninsule. Suivent les Celtes, Crétois, Phéniciens, Grecs et Carthaginois. En 205 avant J.C, les Romains entreprennent la conquête jusqu'au 1er siècle après J.C où le christianisme s'implante progressivement. En 306, le concile d'Elvire condamne le culte des idoles et met en garde les chrétiens contre la fréquentation des juifs. Le ver est dans le fruit. En juin 711, Tariq ben Ziyad soumet les Wisigoths et entraîne avec lui les artisans juifs expulsés par ceux-là. En 756, Abd al Rahman, calife de Courdoue développe et fait prospérer la communauté juive : ce sera"son âge d'or". La division du califat en petits royaumes, l'arrivée des almoravides venus du Maroc avec la reprise en mains d'Al-Andaluz, en 1086 et leur défaite à Las Navas de Tolosa, en 1212, face aux armées chrétiennes, sonnera le départ de la Reconquista. L'auteur reprend les étapes de l'Inquisition, l'expulsion des juifs de la péninsule, avant d'aborder l'abécédaire des villes de l'Espagne des trois cultures. Cette deuxième partie est absolument passionnante et devrait être reprise par tous les guides touristiques sérieux. Un regret : l'éditeur aurait pu faire l'effort de publier toutes les photos de ce volet en couleurs. Un ouvrage agréable, documenté, instructif, que je recommande vivement.

 

(1) "L'Espagne des trois cultures" - Jean-Marie Beuzelin - Editions Atlantica - Novembre 2009 - 20 €.

 

De Ripoll à Toulouse

 

C’est l’écriture au scalpel d’une histoire tragique (1).

 

Récit aux couleurs froides d’une famille misérable, aux fins de mois difficiles; les «invocations à la Vierge Marie» n’y feront rien, la maman, usée,  mourra d’un cancer. Dolorès, 8 ans, devient la maîtresse de maison de la mansarde des Torrès. Son père, Jep, s’indigne. Elle n’a pas appris à lire chez les Sœurs, juste un semblant de dextérité à croiser trois aiguilles pour confectionner des chaussettes. Il l’inscrit à l’École communale. Dolorès en veut à la Vierge de ne pas éloigner la misère d’un foyer où résident une grand-mère aveugle et cinq enfants, encore jeunes. Quelles ruses ne faut-il pas déployer pour alléger les taxes d’entrée des produits, à l’octroi de la ville. À 12 ans, elle a repéré, à 4 km de Ripoll, du bon bois de chauffage. Avec deux amies, elles transportent un jeune tronc coupé. Hélas, Gordan, le propriétaire, déboule «soufflant comme un phoque et l’air menaçant», les traite de voleuses et leur dépêche la Guardia civil ! À 14 ans, elle prend le chemin de la filature Gafallups où elle sera secrétaire du syndicat anarcho-syndicaliste CNT. En 1919, c’est la grande grève pour obtenir les 8 heures. Refus des employeurs qui font appel aux «jaunes». Dolorès est la seule ouvrière à savoir lire et écrire. Elle rédige les affiches et distribue la soupe populaire. Avril 1937, les Messerschmitt lâchent leurs bombes sur Guernica. Février 1939, la débâcle, l’exode et les troupes franquistes sont à Barcelone. Il faut fuir vers le camp «d’accueil» de Magnac-Laval, près de Limoges. Février 1940, un décret de Daladier permet aux femmes exilées de revenir au Pays. En mai, Dolorès Prat comprend qu’elle sera victime de la «chasse à courre du franquisme» et, avec l’aide d’une guide, franchit les Pyrénées par le col Pregon, dans la Sierra de San Juan. En bas, entre La Fargua et Prats-de-Mollo, Marie Vilalonga l’attend à bras ouverts avant Toulouse et la liberté. Un récit douloureux, admirable.

(1) « Dolorès - Une vie pour la liberté » - Progreso Marin - Éditions Loubatières - novembre 2008 - 20 €.

 

 

Un nid d'espions à Canfranc

 

La gare internationale de Canfranc est devenue au cours de la deuxième guerre mondiale un lieu stratégique pour les réseaux d’espionnage des Alliés (1).

 

Cet ouvrage fait suite à «Canfranc et l’or des nazis» publié par les éditions Atlantica, en 2010. La gare frontière de Canfranc est située à 4 km, au nord, du village espagnol. Ce splendide édifice est inauguré, en 1928, en présence du roi Alphonse XIII, du général Miguel Primo de Rivera et du Président de la République française Gaston Doumergue. Aujourd’hui, il est en ruines, après 42 ans d’inactivité (1970). La nef, qui servait de douane, «abrita pendant longtemps les papiers secrets du trafic de l’or (86 T) entre la Suisse, L’Espagne et le Portugal grâce auquel le IIIe Reich payait le tungstène et le fer espagnol de ses machines de guerre». L’auteur, journaliste à l’Heraldo de Aragon, a voulu retrouver les témoins vivants, largement octogénaires, de cette période intense 1940-1944. Après une enquête longue et minutieuse, il a pu recueillir de précieux témoignages sur l’activité d’espionnage d’une organisation patriotique composée de 30 personnes - Français, Basques, Aragonais - qui fournissait des informations militaires vitales sur les troupes allemandes en France, sur les troupes espagnoles et sur le trafic de marchandises stratégiques convoyées par la ligne Pau-Canfranc. Le régime de Franco qui se disait «neutre» auprès des Alliés, jouait un double jeu en aidant le régime hitlérien avec qui il avait passé un accord secret, à Hendaye, en octobre 1940. Cet ouvrage fourmille de noms, de dates, de faits, de lieux, preuve du sérieux de l’enquête. Les familles de Juan Astier Echave, arrêté et condamné par Franco, Albert Le Lay, principal agent de liaison allié avec la Résistance française, Lola Pardo, collaboratrice de l’espionnage allié, Elena Richard, fille d’un collaborateur du gouvernement de Grande-Bretagne, tiennent la trame du récit. Un livre puissant, haletant, qui réhabilite et conserve la mémoire historique méconnue d’une porte des Pyrénées aragonaises.

 

(1) "Canfranc nid d’espions" - Ramon J. Campo - Éditions Atlantica - décembre 2011 - 22 €.

Voyage à Saint-Sébastien

 

Né le 4 octobre 1841, Adrien Planté est  maire d’Orthez, de 1882 à 1896 puis de 1900 à 1909 (1).

 

Cet homme de lettres, protecteur des arts, défenseur de l’histoire et du patrimoine orthézien, raconte son voyage dans la capitale du Guipuzcoa qui débute en avril 1885. Le touriste français du mois d’août a bien du mérite. Il lui faut subir «un entassement de plusieurs heures dans des wagons chauffés à blanc par le soleil de la saison, une poussière aveuglante et la mauvaise humeur de compagnons de route trop serrés». Il lui faudra, ensuite, jouer des coudes pour obtenir un billet et, peut-être, subir une violente bourrasque qui renvoie la course au lendemain ou à la semaine suivante. Ainsi, ces naufragés de l’Espagne dresseront avec aplomb un tableau désolant comme seul sait le faire «le Français, né malin, mais pas voyageur». Adrien Planté décrit le Saint-Sébastien d’alors, l’ancienne ville en ruines dues à Wellington et à ses troupes espagnoles et portugaises, alliés de 1813. Reconstruite, la cité est belle, ses habitants charmants et son armée de garnison tirée à quatre épingles. Le magistrat béarnais est reçu par les premières autorités politiques et son admiration pour la monarchie constitutionnelle d’Alphonse XII n’a d’égale que son désappointement envers les luttes fratricides des Carlistes traditionalistes qui ensanglantèrent les provinces basques. Mais en 1885, les Fueros ont été abolis et le recrutement militaire «la quinta» est devenu obligatoire. La messe du dimanche est un spectacle grandiose mis en scène par l’Armée. L’architecture, le port, les lettres, les arcanes de la langue que seul le prince bascophile Lucien Bonaparte a su traverser, le spectacle des corridas de toros, l’enchantent. Même la cuisine espagnole trouve grâce à ses yeux ! Enfin, visite de Tolosa, Aspeitia, Loyola, Pasages. Un récit enthousiaste qui fait regretter les voyages impossibles pendant les décennies rouges de l’E.T.A.

 

(1) "San-Sebastian - Notes de voyage - 1885" - Adrien Planté - Éditions Gascogne - 2009 - 15 €. 

 

 

Le For général de Navarre

 

Jusqu’en 1530, la communauté forale de Navarre, en Espagne et la province de Basse-Navarre, en France, étaient régies par un texte qui réglait à la fois la constitution monarchique du pays et sa législation (1).

 

Universitaire, linguiste et onomasticien du Pays Basque, Jean-Baptiste Orpustan a recueilli et traduit en français des textes écrits en roman navarrais du XIIIe siècle avec des améliorations apportées en 1330 et 1348. « Ces textes contenaient jusqu’en 1530 et bien au-delà pour la Navarre espagnole annexée par les rois d’Espagne, la législation officielle et principale du pays, droit public et privé, indépendamment des coutumes particulières propres à telle ou telle région avec lesquelles il coexistait ». Le cadre d’une remarquable étude est tracé. À l’avènement d’Henri IV au trône de France, la monarchie fit rédiger le For en Béarnais « langue officielle de la chancellerie de Navarre à Pau quoiqu’inusitée en Basse-Navarre ». Et l’auteur de nous entraîner dans une véritable redécouverte de notre voisin d’outre-monts. Un prologue, daté de janvier 1238, décrit l’invasion arabe de l’Espagne, en 711, la défaite et la mort du roi wisigoth Rodéric ou Rodrigue et la naissance du premier royaume chrétien wisigoth Pélage, en Galice. Le comte Thibaud de Champagne « le chansonnier », devenu roi de Navarre en 1234, crée une commission pour mettre par écrit en six livres et en langue romane « les fors qui sont à présent ».

 

L’auteur analyse avec un luxe de détails l’origine, l’extension et la rédaction du For général de Navarre, d’où les fors de la reconquête d’Alquezar (1067), ceux de Jaca (1077), Oloron (1080), Morlaàs (1100), Saragosse (1118), Béarn (1188), Ossau et Barétous (1221), Aragón (1247), Montory, en Soule (1323). Puis, est traduite la monarchie « gothique » à dominante d’une société rurale et nobiliaire et le lexique basque du For général de Navarre. Ouvrage pour chercheurs penserez-vous ? Non, ouvrage d’historien, pour tous, sur une société méconnue, tout près de chez nous, que je recommande à tous les étudiants de la chaîne des Pyrénées.

 

(1) «Le for général de Navarre» de Jean-Baptiste Orpustan - novembre 2006 - Editions Atlantica - 25 €.

 

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© Claude Larronde