Les Basques

 

Les gens du Pays Basque

 

Qu'en était-il, à l'orée des années 1900, de ce Pays Basque forcé de cohabiter avec le "frère ennemi" béarnais dans un même département (1). A la Belle-Epoque, les mœurs, les coutumes et les traditions formataient dans une même culture les individus venus de contrées différentes. Le but de cet ouvrage est de restituer par un texte de grande qualité et une iconographie exceptionnelle toutes les spécificités d'un petit pays et de ces fiers habitants qui a vite acquis une renommée universelle. Après les aperçus géographiques et historiques, l'homme et la basquaise dans leur organisation familiale sont amplement développés, le regard de l'Étranger, les caractères et préjugés, la langue basque et les particularismes identitaires de l'Euskadi, le costume local, le makila, artisanat plus que centenaire, les sandaliers, le jeu de pelote et ses chanteurs de points, les mœurs et coutumes, la couvade, les contes et légendes, la sorcellerie et les superstitions, les cagots, bohémiens et cascarots, le bestiaire fantastique, les danses basques et les traditions religieuses, les pastorales, mascarades et carnaval, le mobilier basque et la structure des maisons, les cheptels locaux, l'économie et la contrebande, l'émigration, le thermalisme, la balnéothérapie et le tourisme sur la côte basque ; enfin, la gastronomie, les recettes du Pays et deux chantres et admirateurs du terroir : Edmond Rostand et Pierre Loti. Ce catalogue particulièrement savoureux possède une pépite, le chapitre sur les illustrateurs de cartes postales : Bonnefoy, Legat, Serres, Bibal et Jacques le Tanneur qui font encore rêver les collectionneurs. Félicitons l'Éditeur et l'auteur de prolonger une collection qui ravive pacifiquement la fibre régionaliste.

 

(1) "Il y a cent ans...les gens du Pays Basque à travers la carte postale» - Serge Pacaud - Éditions PyréMonde Princi negue - novembre 2008 - 22,95 €.

 

Le guide idéal du Pays Basque

 

L’Éditeur nous alerte d’entrée, il s’agit d’un guide facétieux et pratique qui sera bien utile pour qui veut bien saisir les mentalités régionales, les erreurs à ne pas commettre et les us et coutumes identitaires (1). Journaliste sur la Côte basque au quotidien régional « Sud-Ouest » depuis 1995, l’auteur est originaire de la Côte d’Azur et décrit avec talent les contrastes du pays. Ce guide idéal est aussi un guide touristique du territoire BAB : Bayonne, Anglet, Biarritz qu’il expose avec beaucoup de subtilité. La chronologie alphabétique des chapitres est pleine de saveurs : L’analogie des trois villes, les mentalités, l’apéro, béret et espadrilles, les chipirons, l’Euskara, la fashionista, les fêtes, les guerres régionales, le jambon de Bayonne, Luis Mariano, la météo pourrie, l’océan, l’ovale, les parisiens, la pelote, le golf, le petit Bayonne, les restos basques, la Rhune, les surfeurs, les toros et les Véry gay. Tout un programme… Pour tous ces chapitres, des lieux sont choisis, des menus préférés, des personnages présentés. Les voisins landais : Capbreton, Hossegor, et Guipúzcoans de San Sébastián ne sont pas oubliés. Mais l’auteur met toujours en exergue l’indépendance et la modestie des Basques. La mode du moment n’a pas cours en ce pays. On ne pénètre pas leur intimité sans une patience infinie. L’immersion en Eskualdun Herria doit se faire pas à pas, en respectant les traditions… sacrées. L’auteur prévient : « Kaxu (attention !) » la « basque attitude » ne se décrète pas. Ne pas commettre d’impair, surtout ! Ce guide idéal est une mine de conseils éclairés sur l’accueil réservé aux « Parisiens », c’est-à-dire à tous ceux qui n’auraient pas l’accent du pays, la gastronomie, l’habillement, la fête, la montagne, le village, le folklore, l’identité culturelle, l’émotion, la langue, le charme, l’authenticité quoi… J’ai dégusté avec gourmandise ce guide bien construit, où le côté « Office du tourisme » n’empiète pas sur le travail de documentation remarquable. C’est un Basque de plusieurs générations qui vous le recommande.

 

(1) «Pays Basque, le guide idéal» de Christophe Berliocchi - 231 pages - juillet 2014 - Editions Atlantica - 17 €.

 

La pelote des Basques

 

« Bien plus qu’un sport, la pelote basque est une tradition spectaculaire où les pelotaris manient l’art de la balle telle une vertu, alliant force et endurance, vitesse et agilité » (1). Jacques Saldubehere proclame sa passion et sa foi en la survivance de ce sport et nous invite à découvrir l’histoire de ce jeu de balle aux différentes spécialités, ses règles, ses terrains, l’évolution de ses instruments, ses pratiques et les fédérations qui l’animent. La pelote basque n’a pas été inventée par les Basques. Pratiqué dans l’Antiquité en Égypte et en Grèce, les légions romaines auraient fait connaître ce jeu à toute l’Europe occidentale. Et plus tard, au Serment du Jeu de Paume ? Non, un texte latin le mentionne déjà en 1356. À Paris, en 1292, 13 artisans paumiers vivent de ce métier. Chez nos voisins castillans, le Moyen Âge connaît un formidable engouement pour ces jeux de paume. Donc, la pelote, basquisée au XVIIIe siècle, est l’héritière de ces jeux de balle. En 1788, dans les châteaux de Vizille puis de Versailles, on joue à la « Courte Paume ». La « Longue Paume » se joue en extérieur, en Picardie, Belgique, Pays-Bas, Italie du Nord, Languedoc et à Valencia. Les Basques ne vont pas tarder à diffuser leur jeu en Amérique du sud et centrale par l’intermédiaire des équipages de Christophe Colomb. Soulignons que les Amérindiens utilisaient depuis fort longtemps de grosses boules rebondissantes d’un matériau inconnu : le latex d’hévéa. Les pelotes basques sont faites d’un cœur en ruban élastique ou latex sur lequel s’enroulent sur eux-mêmes du fil de laine, puis de coton, le tout recouvert de deux peaux de cuir cousues. Les instruments utilisés dans les divers championnats de France et du Monde sont les raquettes avec filet, les chisteras en cuir et osier, les palas en bois. Les aires de jeu sont le fronton de place libre, le trinquet fermé et le fronton couvert avec un mur à gauche. Enfin les jeux de bota luze (rebot), laxoa (place libre), pasaka (trinquet) avec un xirrixt (lâcher) dans le chilo (trou) ne manquent pas de poésie.

 

1 - «La pelote basque racontée aux enfants et aux adultes» - Jacques Saldubehere - Éditions Atlantica - mai 2014 - 12 € TTC.

 

La main nue

 

«La pelote est basque mais aussi universelle» (1). De tout temps, l’homme et la femme ont pratiqué des jeux de balle. Chez les Égyptiens, chez les Grecs (la sphérique), les balles en peau étaient bourrées de crin ou de paille, chez les Romains, on joue au (pila), chez les Aztèques, le (tlachtli) surprend les Espagnols lorsqu’ils débarquent, fin XVe siècle. Au Moyen Âge, en France, c’est la longue paume. En 1929, l’écrivain Édouard Blazy aborde la pelote sous tous ses aspects. Il est rare qu’un jeu «énonce la qualité essentielle d’un peuple et le définisse parfaitement». En Euskual herria, «la pelote est au sport ce que le chant est à la musique : simplement naturelle». L’auteur énumère les rois qui pratiquèrent le «jeu à la main». En 1540, François Ier défie le célèbre sculpteur Benvenuto Cellini au trinquet de Fontainebleau. Henri IV était considéré comme un «chicanier» qui n’obéissait pas aux décisions de l’arbitre-paumier. Les paysans, les ouvriers, les «vilains» jouaient sans protection - jeu de mains, jeu de vilains - alors que nobles, bourgeois et artisans frappaient la balle avec un gant de cuir protégeant ainsi leurs mains. Pampi Laduche, grand joueur devenu spécialiste des pansements, l’affirme : «Mes mains m’ont paru souvent être en cristal». Cet ouvrage est passionnant, même pour un non Basque. La pratique de ce sport sans artifice demande des qualités morales et physiques au-dessus de la moyenne. Aujourd’hui, 1000 pratiquants tentent de cumuler «agilité, adresse, force, stratégie, intelligence, positionnement, fluidité, amplitude, rapidité, anticipation» pour devenir Indépendants, antichambre d’un professionnalisme qui a du mal à se développer. J’ai bien connu le mur à gauche d’Irissarry, devenu trinquet en 2014, où j’affrontai en parties échevelées mon cousin Pettan Elissalde, champion de France Junior en 1957. Mes mains de bureaucrate manquaient d’écorce et souffraient de «clous» face à la puissance des bras d’un gagnant, futur maître bottier. Un ouvrage de référence sur l’histoire de la pelote à main nue soutenu par de superbes photos.

 

1 - «La main nue» - Texte Roland Machenaud, photos Kepa Etchandy - Éditions Atlantica - juillet 2015 - 18 €

 

L'architecte de la lumière

 

Joseph Hiriart (1888-1946) est né à Bayonne dans une famille de négociants. Il va à l’école au Petit Séminaire de Larressore (1899-1905) où il fait ses humanités. Il est diplômé de l’École nationale des beaux-arts, en 1922. Il y rencontre ses futurs associés : Georges Beau et Georges Tribout. C’est un excellent architecte tant dans les influences classiques, l’Art déco que le modernisme ou la tradition. Il bâtira au Pays basque de somptueuses villas : Leïhorra, Lehen Tokia, Itzala, Sirius, villa bleue à Barcelonnette, des édifices religieux : chapelles du Sacré-Cœur de Hasparren ou de la Miséricorde de Tarbes, des bâtiments publics : façade du Musée de la Mer de Biarritz, pavillon des Galeries Lafayette, casino de Salies-de-Béarn, Petits Séminaires d’Ustaritz et de Pamiers, hôtel Guetharia, fronton Chiquito de Cambo à Paris. Le trio d’architectes se fait « surprendre » par la guerre de 1914-1918. Hiriart écrase son avion en territoire ennemi, en 1916, et fait prisonnier près de Mannheim. Il dévore Saint-Simon, Michelet, Montaigne, Montesquieu, Stendhal, Balzac, Hugo, Kant, Spinoza. Il a 30 ans à la fin de la guerre. En janvier 1919, il épouse Joséphine Signoret dont les parents ont fait fortune au Mexique. Il faut reconstruire une France défigurée. Il ouvre une agence à Paris où le rejoignent Beau et Tribout. En 1925, le cabinet d’associés a, déjà, réalisé carrière, notoriété, aisance matérielle. Après le tourbillon de la fête et des réceptions d’après-guerre, c’est le krach boursier de 1929 qui sonne le glas. Comble de malheur, le garage de l’hôtel-casino « La Roseraie » à Ilbarritz, s’effondre; il est ruiné. Par bonheur, belle-maman est là qui lui commande « Leïhorra », une fastueuse villa, à Ciboure. Lieu de flamboyance du langage mystique d’Hiriart dans l’Art déco, arts décoratifs, céramiques, ferronneries, mobiliers et vitraux. En 1937, il est fait Officier de la L.H. Il rêve d’un retour de la Monarchie mais n’adhère pas à Vichy. Il nous faut remercier l’auteure qui nous offre un ouvrage de très grande qualité, superbement illustré et documenté.

 

1 - «Joseph Hiriart architecte de la lumière» - Valérie Lannes - Édition Atlantica - juillet 2015 - 25 € TTC.

 

L'Etche des Basques

 

Les habitations des trois provinces du nord : Labourd, Basse-Navarre et Soule sont au cœur de la société basque de l’Ancien Régime et l’etche (la maison) centralise la vie communautaire (1). Je dois dire que j’ai été « bluffé » par les recherches et l’agrément que m’a procuré cette lecture. Particulièrement par la présentation sous forme d’abécédaire savant de tous les détails architecturaux qui caractérisent la maison basque et l’appartenance à cette entité primordiale. D’« Agriculture » à « Zuberoa », tout le vocabulaire du Basque est décliné de façon claire. J’ai aimé l’explication fouillée de « lauburu », ces énigmatiques têtes en forme de virgules trop souvent identifiées comme les héritières du célèbre svastika qui apparaît plus tardivement que le premier dont la symbolique n’a pas été définitivement établie. Néanmoins, l’auteur subodore que le mouvement de l’astre solaire, créateur de toute vie, pourrait bien être la vraie signification de cette croix basque venue du fond des âges. La première preuve est plus récente : 1560 sur un cartouche d’une maison à Labastide-Clairence mais les tailleurs de pierre plus anciens ne dataient pas toujours leurs œuvres. La construction en pierre, qui remplace peu à peu le bois, se développe au cours du XVIe siècle. Les maîtres de maisons (etcheko jaunak) datent alors les réfections et les embellissements de leurs demeures sur des linteaux et plaques explicatives. Inscrites sur les façades, les propriétaires et leurs sentences sont gravés avec force symboles et motifs à l’appui. Ces décorations artistiques sont également visibles sur les tombes, les croix de chemins, meubles, colliers et accessoires d’animaux domestiques, vêtements de fêtes, intérieurs de cheminées, escaliers, bénitiers, makilas, etc. Il faut féliciter Gérard Moutche de nous présenter de manière pédagogique cette impressionnante fresque de la culture et de l’art basque à travers son histoire.

 

(1) « Que disent les maisons basques» - Gérard Moutche - Éditions Atlantica - avril 2010 - 30 €.

 

Contes et légendes du Pays Basque

 

Il y avait les contes et légendes de Francisque Michel (1809-1887), il y aura dorénavant ceux de Henry Panneel « tant cette langue mystérieuse formait obstacle à la diffusion de ces légendes » (1). Parmi les 17 contes et légendes présentés, un est évoqué ici mais tous exaltent la fierté du peuple basque français et celui d’outre-monts cantabres. Il est un personnage connu de tous les Basques : Ganich Anchordoquy ou Ganich de Macaye. « Grand, sec, nerveux et musclé, il possède un sentiment de l’honneur très poussé qui l’a imposé au respect de ses concitoyens », nous confie l’auteur. Son métier : contrebandier réputé dans tout l’Eskual-Herria. La contrebande de l’époque est un jeu plutôt que la recherche d’un gain. Elle date du XIVe siècle, depuis qu’Édouard III, roi d’Angleterre, nomma Pès de Puyanne maire de Bayonne. Ennemi juré des Basques, il désigna Saint-Blancart chef de la brigade douanière pour contrer Ganich de Macaye à la tête d’une douzaine d’hommes aguerris dans des expéditions nocturnes qui couvraient le territoire compris entre la vallée de la Nive et la gorge du Bastan jusqu’à Elizondo, en Navarre espagnole. La petite bande ayant franchi une forêt impénétrable, la brigade de Saint-Blancart, tapie auprès d’un torrent frontière, crut que son heure de gloire était arrivée quand elle aperçut les douze forbans apôtres de Ganich. Des fanaux s’allumèrent, Ganich fit un grand bond en arrière en même temps qu’un coup de feu l’atteignait au mollet. Le triomphe illuminait le chef douanier. À cet instant, renversement de situation, les affidés de Ganich surgirent et braquèrent de leur arme les douaniers surpris. Ces derniers furent désarmés et Ganich déclara avec solennité : « Avec tous mes regrets, M. Saint-Blancart ! Vous vous êtes laissé prendre comme des palombes sous le filet ! ». L’officier donna l’ordre à ses hommes  de déposer leurs armes aux pieds de Ganich. Des « irrintzina » de triomphe résonnèrent alors. Devant la blessure de leur chef, les lames de leurs couteaux brillèrent dans la nuit. Surprenante est la suite. Un livre étonnant.

  1. « Contes et légendes du Pays Basque » - Henry Panneel - Nouvelles Éditions Louis Rabier - juillet 2015 - 16 €.

Histoire de la Musique Basque

 

Le pays Basque, que l’on connaît plus ou moins où que l’on traverse rapidement, ne laisse pas soupçonner une telle richesse en matière de musicologie (1). Ancien élève du conservatoire de musique de Bayonne, Christian Laprérie s’est attaché, avec courage et obstination, à retrouver les acteurs, plus ou moins connus, de ce petit dictionnaire de l’histoire de la Musique en Pays Basque. On peut nourrir un regret cependant : le Basque de chez nous, le Labourdin, est quasiment absent de la galerie de portraits qui peuplent le sud de l’entité basque, principalement le Guipuzcoa. Peu importe, pour nous consoler, Emmanuel Passemard découvre, en 1920, une sorte de flûte à trois trous qui pourrait bien être l’ancêtre du «txistu» de nos fêtes patronales. D’emblée, l’auteur égrène les différents instruments depuis les temps préhistoriques : l’alboka, le silbote, la txanbela, le soinu, l’atabal, la panderata, la txalaparta, la gaita. L’accordéon diatonique arrive à la fin du XIXe en Biscaye et en Guipúzcoa. À la Renaissance (XVe et XVIe), l’Italie, la France et la Péninsule ibérique sont touchés par le courant polyphonique. Les premiers organistes Basco-Navarrais, dont Martin de Azpilcueta, se distinguent. Les premiers facteurs d’orgues aussi avec la famille Echebarria. Donc, clavecin, orgue et clavicorde dominent en fin du XVIIe. Les provinces basques conservatrices pensent «orgue» ignorant le piano du mélomane. Entre-temps, Pablo Sarasate de Pampelune ravit de son jeune violon la reine Isabel II qui lui offre un stradivarius. Un chapitre passionnant est consacré aux brillants «zarzuelistes». Parmi ces derniers, Francis López, le créateur prolixe que nous connaissons tous. L’éveil du romantisme musical ne tarde pas. Puis trou noir avec la tragédie franquiste (1936-1975) et réveil démocratique avec Juan Carlos. C’est l’explosion : orchestre symphonique d’Euskadi, conservatoire supérieur «Musikene», musiciens du Pays basque aquitain et, même, théâtre lyrique d’expression basque. Ouvrage de découverte de grands musiciens pour curieux et aficionados.

  1. « Histoire de la Musique Basque du Moyen Âge à nos jours» - Christian Laprérie - Éditions Atlantica - mai 2016 - 19,90 €.
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© Claude Larronde