Palaces d'Atlantique

 

 

 

Les palaces de Biarritz

 

Ce premier volume présente six des onze somptueux hôtels édifiés à Biarritz, au XIXe siècle. Marie D’Albarade semble s’être spécialisée dans la présentation et la métamorphose de la prestigieuse station balnéaire (1).

 

Grand Hôtel, hôtel d’Angleterre, hôtel des Princes, Continental, Victoria, Hélianthe : le décor est planté. Sur la place Clémenceau, ancienne place de la Mairie, trône le Grand Hôtel, animé depuis 1859 par Cyrille Gardères, né à Pau, "le grand créateur de Biarritz". Cet homme a beaucoup d’ambition. En 1861, il construit, face à la villa Eugénie, un hôtel grandiose dont tous les appartements seront retenus bien avant son achèvement. Les premiers clients ? Le prince Pierre d’Oldenbourg avec une suite de 50 personnes. Suivra la haute société russe : la grande-duchesse Marie, fille du Tsar Nicolas Ier et ses enfants. Biarritz a la tête tournée par des "spectacles incessants, attelages rutilants et défilés de têtes couronnées, chefs d’État, politiciens, industriels, financiers, écrivains et artistes de renom". Ce n’est plus un hôtel mais un "théâtre".

 

L’hôtel d’Angleterre, des époux Campagne, accueillera, en 1878, le grand-duc Wladimir, fils du Tsar Alexandre II et son épouse Maria Pawlona, le prince royal de Suède, princesses et baronnes de toutes nationalités. Quatre saisons rythment les diverses colonies. Les Espagnols arrivent le 15 juillet pour les bains et le Casino. L’automne, place aux Russes. L’hiver, les Anglais et, aux fêtes de Pâques, les Français. Ce ne sont que chasses à courre, parties de pelote basque, golf, bals, gymkhanas, ventes de charité, batailles de fleurs, assauts d’armes, retraites aux flambeaux. Un récit passionnant. Vivement le 2e tome.

 

(1) "La belle histoire des palaces de Biarritz" - Epoque 1 - Marie D’Albarade - Editions Atlantica - juillet 2007 - 25 €.

 

Les derniers palaces de Biarritz

 

L'auteur nous plonge dans les arcanes et chroniques des cinq plus beaux palaces de Biarritz : l'hôtel du Palais, l'hôtel Régina, l'ancien hôtel Carlton, les hôtels Miramar et Plazza (1).

 

Pour chaque édifice, c'est une histoire extraordinaire qui nous est contée. L'hôtel du Palais-Biarritz, ancienne villa Eugénie (de Montijo), est la proie des flammes, le 1er février 1903. Le directeur Fernand Journeau fait évacuer promptement l'hôtel que la grande-duchesse Olga, sœur du tsar Nicolas II, ne veut pas quitter sans sa lourde cassette de bijoux portée par le greffier du tribunal de commerce de Bayonne ! Surréaliste ! Reconstruit, l'hôtel devient la résidence de prédilection des têtes couronnées. Ainsi, Édouard VII occupe les appartements de Napoléon III et vient cacher ses relations adultères avec la belle Alice Keppel, "courtisane de haut vol", de 28 ans sa cadette, qui loge dans une villa proche du Palais. Mais, chut ! Ici, pas de "Gala" ou de "Voici", la presse locale respecte la vie privée du monarque. Sait-on qu'une maîtresse du souverain s'appelait Jennie Jerome, mère de Winston Churchill ! Un vigoureux, le couronné, je vous le dis ! Enfin, Marie d'Albarade nous le dit, car ce que j'ai particulièrement apprécié dans son ouvrage illustré de cartes postales anciennes, c'est la somme de recherches documentaires dont elle agrémente son récit. Ces établissements ultra-luxueux ont payé un lourd tribut pendant les deux guerres. Transformés en hôpitaux d'arrière-front, de refuges sanitaires pour soldats en récupération de santé, en bûcher pour la bruyante soldatesque de la Wermarcht ou en université provisoire pour les forces expéditionnaires américaines, leurs destins mouvementés ont toujours interféré dans la vie des Biarrots. Un ouvrage agréable, instructif, historique, souvent, passionnant, toujours. Je recommande sa lecture.

 

(1) "La belle histoire des palaces de Biarritz - Epoque 2" - Marie d'Albarade - Editions Atlantica - Juin 2010 - 25 €.

 

 

Les palaces de Pau

 

Les palaces : Hôtel de France, Grand Hôtel, Gassion, Grand-Palais-Beau-Séjour, ont marqué l’apogée de la cité de Pau. Après de remarquables recherches, la journaliste Renée Mourgues nous livre la chair de ces bâtiments impressionnants de majesté.

 

L’Hôtel de France est un roman dit-elle. Implanté près de la place Royale où trône la statue de Nouste Henric, sur le boulevard des Pyrénées, la famille Gardères l’achète, en 1860, pour la coquette somme de 425000 F. En 1907, le millionnaire Pierre Tourné le rachète, procède à de gros arrangements et décède en 1913. La Grande Guerre freinera le bel élan de sa veuve. Artistes, écrivains et poètes y trouveront beaucoup de charme. Lamartine dira de Pau : « la plus belle vue de terre comme Naples est la plus belle vue de mer ». En 1892, Oscar II roi de Suède y retrouvera le souvenir de son grand-père Charles-Jean Bernadotte et goûtera tous les plats arrosés d’un jurançon de 1865. Frédéric Mistral rehaussera par sa présence l’Escola Gastou Fébus, en 1901. Le roi d’Angleterre Édouard VII y passera une nuit en avril 1910. La colonie anglaise paloise lui fera fête. Mac-Mahon (1881), Sadi Carnot (1887) y apprécieront le gîte. Edmond Rostand, Sara Bernhard (1809) aussi. Anatole France (1912) contemplera « l’époustouflant spectacle de la nature » depuis sa fenêtre. Puis, l’auteure nous décrit le « charme discret » du Grand Hôtel inauguré en 1865. Rien ne manque : appartements meublés avec un goût exquis, suites princières avec cuisine, etc. qui affirment le titre de « plus vieux palace de Pau ». Pendant le conflit franco-prussien de 1870, l’hôtel « haut de gamme » se montre pingre envers l’effort de guerre versant 25 litres de vin à la Société internationale des secours aux blessés. Éloigné de « l’agitation » de la Place Royale, ses salons résonnent de notes de musique de chambre. Sont appréciés Mendelssohn, Beethoven, Haydn, Schumann, Chopin, Mozart, qui « élèvent l’esprit et éloignent du commun ». Les femmes de haut rang fréquentent avec un plaisir chaque fois renouvelé ce « havre de détente, d’évasion et de bonheur tranquille ».

 

Renée Mourgues aurait pu évoquer l’agrément de quelques détachements de l’armée d’Arthur Wellesley, marquis de Wellington, poursuivant Jean de Dieu Soult, maréchal de France, en retraite, qui apprécièrent l’accueil chaleureux de la population paloise, en mars 1814. De là, peut-être, l’attirance des Anglais pour la capitale béarnaise ? Mais il fallut qu’en 1842, Alexander Taylor, auteur d’un savant mémoire de climatologie, traitât « De l’influence curative du climat de Pau » pour déclencher l’arrivée d’une petite colonie d’immigrants anglais aisés sinon fortunés. Dans la nuit du 14 au 15 février 1899, le Grand Hôtel préféré de ces dames est victime d’un incendie dévastateur, au plus fort de la saison touristique.

 

Sur le boulevard du Midi, le Gassion, « nec plus ultra de l’hôtellerie de luxe », édifié sur la bâtisse des anciennes prisons départementales, est acheté par Jean Lafourcade-Camarau, en 1867. Acclamé par 3000 personnes, Adolphe Thiers y fit une halte en août 1874. L’acquéreur a l’ambition du « grand chic ou tout confort : Salles de bains pour messieurs et dames, marbre blanc, mobilier en acajou sculpté et ciré, rideau de soie en dentelle, glaces et miroirs imposants, fauteuils en soie damassée, luminaires gracieux ». Ici, l’on parle anglais, russe, espagnol, portugais, allemand. La construction aura coûté 1160000 F et les aménagements intérieurs 400000 F. Mais le patron ne verra pas toute la mutation. Il décède à 63 ans, en 1880. Vente aux enchères publiques : 1500000 F. Alphonse XIII, roi d’Espagne, Édouard VII, roi d’Angleterre, y ont séjourné, Coco Chanel, impératrice de la haute couture, aussi.

 

L’Hôtel Beau-Séjour affiche : « Beaux appartements pour familles, grands et petits, avec vue sur toute la chaîne des Pyrénées, les coteaux et la vallée du gave. Jardins environnants ». L’Hôtel où l’on ne s’ennuie pas proclamait le slogan. Arnaud Faydits, félibre de Béziers, complimentait en langue d’Oc les stations thermales de Bagnères-de-Bigorre et d’Argelès-Gazost et traitait Beau-Séjour de « bijou qui justifie bien son nom ». Cet ouvrage est un plaisir de découverte.

 

(1) « L’Âge d’or des palaces de Pau » - Renée Mourgues - Éditions Cairn -2019-20 €.

 
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© Claude Larronde